mercredi 28 janvier 2009

Algérie: Les harrags sont-ils des fous?

«Nous n’arrivons pas à identifier les raisons qui poussent les jeunes à partir ailleurs»! Une abomination de la bouche d'un ministre. Il s'agit M.Belaïz ministre de la justice d'un grand pays comme l'Algérie, qui répond aux questions des sénateurs. Cette phrase odieuse soutenue par une autre plus ou moins révoltante, m'a rappelé tous les malheurs que nous vivons et tout mon passé durement vécu, mais qui a fait et qui fera école à mes enfants. Bizarrement, cette fois, j'ai eu trop peur, alors que d'habitude j'étais toujours prêt à traverser les océans de peur.

En effet, j'ai toujours bravé la peur qui a toujours existé dans ma vie. J'ai été pendant longtemps, et consciemment, un fervent militant au sein du FIS, sachant que je n'étais pas sans savoir qu'il était un parti truffé d'intrus, et que, je le dis de suite, j'étais partant, comme des milliers de militants sincères, pour le "sauver" des mains des fabricants d'intrigues. Je ne trouvais pas cela apeurant, mais plutôt amusant et intéressant. Par suite, j'ai été élu puis emmené par la force des choses, à occuper le poste de Président de la malheureuse commission sociale et culturelle au sein de l'APW de Bouira qui alors, n'était qu'une bombe à retardement. Mais ce n'était pas pour autant que je me doive d'avoir peur ou fléchir ; Pour moi, la peur n'avait pas de sens, pensant bien faire et logiquement prévisible tout ce qui m'arriverait. Puis c'était dans un esprit de va-t-en guerre que j'exerçais mes fonctions comme au milieu d'un champ de mines, car, en plus du devoir de l'opposition, je me devais être vigilant au sein même de l'équipe à laquelle j'appartenais. Mais comme j'aimais ce que je faisais et que j'adore mon pays, je ne pouvais douter de ma sincérité, et la peur n'était pas pour s'habiller de moi. Les interpellations, les arrestations, les menaces et toutes les formes de persécution, allant jusqu'à mon incarcération, n'avaient pas assez de forces pour me faire peur. On disait de moi que j'avais des nerfs d'acier et je rigolais, car au font de moi, je savais que j'étais un homme faible, comme tous ces Algériens qui savaient que s'en prendre au pouvoir c'était jouer avec le feu ! Sans peur donc, je disais et faisais ce que je croyais être droiture et loyauté dans un climat de peur et de terreur. Et c'était là ma faute, car la peur était présente partout alors que moi je ne voyais que la couleur blanche des colombes.
La suite, fallait-il m'y attendre, n'a pas été pour me procurer du bonheur et pourtant, elle m'avait donné à braver la peur devenue aussi visible que le nombre de vrais et faux barrages existants sur nos routes. Enfin, une suite logique m'a été réservée, faisant de moi un cobaye de tout ; détentions, privations, persécutions et harcèlements au menu, en terminant au fond du malheur de l'exil dans un pays enrobé de liberté, où la peur continuait à jouer les spectateurs.
C'est de retour dans mon pays, croyant aux promesses du chacal, que j'ai vraiment commencé à avoir peur mais je faisais tout pour ne pas le montrer. Et petit à petit, sans le vouloir, la peur fait son chemin et pénètre dans mon monde bizarre jusqu'à devenir moi-même une boule de peur.
Deux choses, plutôt deux déclarations me le font dire aujourd'hui :
L'une est celle de ce monsieur Blaïz, ministre de la justice en répondant à une question sur les harrags, avouant que : "La Commission interministérielle qui travaille depuis plusieurs mois sur ce dossier n’a pas abouti réellement à cerner les véritables causes qui sont à l’origine de ce phénomène»!
Que dire en lisant des propos aussi scandaleux ? Que j'ai peur et c'est tout ! La seconde déclaration émane de M Abdelaziz Belkhadem ex-chef du gouvernement, non sans nous provoquer, en faisant de l'humour gratuit : " S’il y a des solutions miracles pour les harrags nous sommes preneurs» !
Qu'un premier ministre réponde de cette façon, il y a lieu d'avoir peur! En tout cas moi j'ai vraiment peur et je pense que j'ai raison et que je dois me cacher en attendant que ça change!
Sinon, que dire à ces deux concitoyens que je ne trouve ni humainement aimables ni politiquement corrects ?
Au premier, je dirais, tout simplement : Si vous tenez vraiment à savoir pourquoi ces jeunes veulent partir ailleurs, donnez-vous la peine de regarder les chaines de télévision du monde et voyez ce qui manque aux Algériens, hormis le bien-être, la communication et le respect ! En outre, nos jeunes ne sont pas dupes pour ignorer que leur pays jouit d'une manne pétrolière qui dépasse de loin, 34 millions de dollars, alors qu'un seul dollar par tête, suffit pour vivre indécemment ! Aussi, savent-ils pertinemment que l'Algérie est un pays gazier, riche en toutes sortes de matières premières et qui mesure exactement : 2 381 741 km2 ; Parole d'un prof, harrag de surcroit ! Ce que ces jeunes aimeraient aussi savoir, c'est où va tout leur argent, puisque c'est de leur argent qu'il s'agit, et pourquoi VOUS et vos enfants avez tout, et EUX n'ont RIEN? Et comme la seule réponse présente à leurs esprits est que l'argent en question est ailleurs, ils n'hésitent pas à y aller le chercher ! Maintenant, ce qu'on aurait souhaité, et c'est une réponse à M Belkhadem: Assurez-leur un dollars chacun par jour, et le tours est joué; ils n'iront nulle part ailleurs, même si vous continuez à voler leur argent. Quant à la solution miracle, elle n'existe pas. Cependant, il existe des solutions, tout court : Que les plus de cinquante ans quittent le pouvoir !
Pour terminer, je dois dire que les harrags ne sont pas seulement fous; ils sont cons!
Laïd DOUANE

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