dimanche 8 février 2009

Neuf février: Jour de malheur et de haine en Algérie!

Le 09 février en Algérie, et depuis 1992, ne peut ni ne doit vouloir dire autre chose que la peur ou la colère ou la haine. Et, comme dit George Lucas, "la peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance". Et la souffrance, MOI j'y vis, maintenant ! Me voilà donc, une boule de colère, après avoir été pris pour cible par la peur, un certain 09 février ; je hais quelque part et je souffre de mal être; Je suis un homme blessé!
Que s'est-il donc passé ce 09 février 1992 ? Rien! Rien de plus qu'une confiscation de latitudes à un peuple martyrisé auquel on refuse le droit de choisir et de vivre sa vie librement. Ce jour-là, une junte militaire s'empara de notre liberté et fit de nous un paquet de sujets sans vie. Depuis ce jour l'Algérie libre est transformée en prison à ciel ouvert et les Algériens, y compris les geôliers, sont réduits en captifs. Nous attendons toujours ces "jours meilleurs" qui risquent de ne jamais arriver.
En effet, une équipe de bandits décida comme à la française, de nous museler et de nous isoler en décrétant l'état d'urgence pour jouir de nous et de nos biens impunément. Voici brièvement le film des évènements ayant mené à notre perte et notre malheur :
11 janvier 1992 : Coup d'Etat militaire contre le peuple qui s'est exprimé à travers le suffrage universel le 26 décembre 1991donnant le FIS vainqueur, au premier tour avec 188 siège. Le second tour prévu pour le 16 janvier 1992 n’aura jamais lieu.
Démission-déposition de Chadli Bendjedid. Apparition de blindés dans les rues de la capitale.

12 janvier 1992 : Dans un communiqué, la direction provisoire du FIS appelle "le peuple algérien à protéger son projet et son choix". Il s'en est suivi une vaste opération d’arrestations nocturnes. On parle d’un millier d’arrestations.
14 janvier 1992 : décret instituant le HCE (Haut Comité d’Etat), non prévu par la constitution, composée de 5 personnes (Khaled Nezzar, ministre de la Défense ; Ali Kafi, président de l’Organisation des Moudjahiddines ; Ali Haroun, ministre des Droits de l’Homme ; Tidjani Haddam, recteur de la mosquée de Paris et Mohamed Boudiaf qui présidera ce comité.
Le monde entier a choisi le silence. Lors d'une conférence de presse au Luxembourg, François Mitterrand qualifie l'arrêt du processus électoral "d'acte pour le moins anormal".
15 janvier 1992 : Le FLN et le FFS condamnent l'anti-constitutionnalité du HCE.
16 janvier 1992 : Retour de Boudiaf en Algérie après 29 ans d’exil au Maroc, un pays considéré l'ennemi numéro UN de l'Algérie. Il est placé à la tête du HCE issu du putsch du 11 janvier. Ses véritables amis s'interrogent et s'inquiètent de son engagement précipité dans ce processus putschiste, d'autant plus qu'au lendemain du 1er tour, il déclarait dans la presse qu'il fallait laisser le FIS gouverner. Le FIS, le FLN et le FFS exigent le retour à la légalité constitutionnelle.
17 janvier 1992 : Plus de 500 militants du FIS dont des élus sont arrêtés.
18 janvier 1992 : Rappel de l'ambassadeur d'Algérie en Iran suite aux vives critiques du gouvernement iranien au lendemain du coup d'Etat des généraux d'Alger.
19 janvier 1992 : Les 188 élus du FIS lancent un appel à l'opinion publique nationale et internationale pour un retour à la légalité constitutionnelle. Un militaire tué et deux gendarmes blessés selon la presse à 20 Kms d'Alger.
21 janvier 1992 : Un gendarme tué à Lakhdaria (Bouira).
22 janvier 1992 : Arrestation d'Abdelkader Hachani, président du bureau provisoire du FIS pour avoir diffusé un communiqué appelant l'armée à respecter le verdict du suffrage universel.
23 janvier 1992 : Arrestation de huit journalistes du quotidien El Khabar suite à la publication d'un encart publicitaire d'Abdelkader Hachani appelant l'armée à respecter le verdict du suffrage universel.
24 janvier 1992 : Affrontements sanglants à la sortie des mosquées, après la grande prière du vendredi, sur pratiquement tout le territoire national. L'armée tire sur la foule : 30 morts sont dénombrés.
25 janvier 1992 : Quatre journalistes espagnols sont arrêtés puis expulsés pour avoir interviewé des islamistes. Poursuite des arrestations nocturnes de militants et sympathisants du courant islamique.
28 janvier 1992 : Arrestation de Rabah Kebir, membre de la direction politique du FIS, pour "incitation à la rébellion contre l'autorité". Arrestation d'un certain Tayeb El Afghani, responsable présumé de l'attaque de la caserne de Guemmar.
29 janvier 1992 : Manifestation de citoyens dans le quartier de Bachdjarah (Alger) pour protester contre la répression. L’armée tire sur la foule : un mort.
31 janvier 1992 : Deuxième vendredi consécutif d'affrontements à la sortie des mosquées. Des morts et des blessés sont encore une fois à déplorer. On parle de constitution de maquis.
01 Février 1992 : Dans un rapport concernant la situation des droits de l'homme en Algérie, Human Rights Watch :
- condamne le coup d'Etat survenu le 11 janvier 1992.
- dénonce les arrestations des militants islamistes et de vingt et un journalistes.
- exige la levée de l'état d'urgence et la poursuite du processus démocratique.
- exige la libération des responsables du FIS et plus particulièrement Abdelkader Hachani et Rabah Kebir.
4 février 1992 : Le FIS réclame la levée des mesures restrictives contre les mosquées et la libération de ses dirigeants. Il appelle la communauté internationale à boycotter le HCE.
5 février 1992 : Nombreux mouvements de protestation dans les universités pour dénoncer le coup d'Etat du 11 janvier.
7 février 1992 : Poursuite des manifestations à travers le pays contre le coup d'Etat. De nombreux morts sont signalés selon des sources hospitalières. Des centaines de jeunes seraient passés dans la clandestinité ou rejoint les maquis pour échapper aux arrestations massives et à la déportation dans les camps de concentration du Sud. Les autorités annoncent l'ouverture de 7 centres de détention (camps de concentration) dans le sud algérien.
4 au 8 février 1992 : Soulèvement populaire dans le quartier de Bouakal à Batna. L'armée encercle les cités et ouvre le feu en donnant les blindés : 52 morts dont sept enfants.
8 février 1992 : Arrestation de l'imam Moghni, député du FIS à Bab El Oued (Alger).
9 février 1992 : Instauration de l'Etat d'urgence
Arrêtés par millier puis déportés vers des camps de concentration. Pour ce qui me concerne, le 09 février, j'ai été soustrait à la vie. J'ai été jeté dans le camp de Reggane où j'ai passé six longs mois que j'ai achevés en fanfare avec la mord de mon bourreau Boudiaf. Je n'étais pas malheureux pour autant, nous avons été transférés vers d'autres camps et moi j'ai eu à connaître les camps de Tibergamine puis Tassabit en terminant dans l'hôpital d'Adrar pour enfin retrouver la liberté dans une situation dure dure dure... Cette liberté me mena vers l'exile en France puis le retour vers l'enfer en Algérie où je continue à murir comme une figue de Barbarie. ET LE MALHEUR CONTINUE!
Laïd DOUANE

1 commentaire:

BZH a dit…

Cher Laïd,

Merci pour ce rappel historique... Je pensais que l'Algérie allait mieux... Tu as toi-même écrit il y a quelques mois "qu'elle se faisait une bonne santé depuis qu'elle s'était débarrassée de ce ramassis d'ingrats venus de tous les coins du globe". Il semblerait donc que la convalescence soit longue. Le diagnostic étant posé, que faut-il pour mettre fin à son malheur ou tout du moins le soulager?
BZH